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Tout le monde est gagnant, quand on coopère...

18 Nov 2019

 

(Allocution prononcée lors de la soirée bénéfice des Fêtes gourmandes, octobre 2019 )

 

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Je vais partager avec vous quelques réflexions sur la nourriture, sur la production de nourriture et sur la coopération.

 

L’autre jour, dans un magazine français, il y avait un article qui parlait de la smart food, comme ils disent en France, et qui est, semble-t-il, la nouvelle tendance. (En français : alimentation optimisée et intelligente !!!) 

 

On parlait des produits de marque Feed, produits en Californie et exportés en France, mais il y en a plus d’une sorte. Ce qui a attiré mon attention : La « promesse clients » des fabricants, c’est de compresser votre heure de dîner pour vous libérer du temps.

 

C’est simple : on vous propose un petit sachet de poudre que n’avez qu’à dissoudre dans de l’eau. En sous-entendu : manger, c’est une perte de temps. (On est loin des Fêtes gourmandes !!!)

 

Est-ce que c’est une vraie tendance qui va durer? Difficile à dire mais notre rythme de vie est devenu tellement rapide de nos jours… que déjà, surtout à l’heure du midi, de plus en plus de gens ne s’arrêtent plus pour manger. On reste à son bureau et on continue à pitonner, ou on accroche quelque chose sur le pouce et on mange en marchant. 

 

Peut-être qu’il faudrait se rappeler et se redire que s’alimenter, c’est tellement, tellement plus que de se mettre du carburant dans le système !

 

En fait, quand on prend le temps d’y réfléchir, on réalise que partager de la nourriture en compagnie de sa famille, de ses amis, c’est profondément ancré dans notre psyché collective d’humains. Depuis la nuit des temps! C’est même un acte fondateur de notre humanité. 

Il y a très longtemps, quand on chassait ensemble les mammouths… après la chasse, il fallait gérer le stock de viande, il fallait l’apprêter, il fallait la partager avec les siens. 

 

Il y a donc tout un tissu social qui a commencé à se former autour de l’alimentation, et ce tissu social a pris au fil du temps une dimension culturelle, laquelle a créé des appartenances, des ancrages, des solidarités. Partager de la nourriture avec son monde, c’est beaucoup ce qui nous a façonné, en tant qu’humains et qui a déterminé notre sociabilité.

 

Alors manger ce n’est pas seulement une question de besoin biologique, ça répond aussi à toutes sortes de besoins sociaux… et même politiques et économiques : on se rappellera que, tout au long de notre histoire, c’est très souvent autour d’un repas qu’ont été conclus les ententes, les partenariats, les accords commerciaux. 

 

Donc manger, c’est sérieux. Il faut prendre le temps et le faire en bonne compagnie. C’est d’ailleurs une recommandation de Santé Canada. Alors mettons-y un peu de décorum, célébrons et organisons des fêtes gourmandes! C’est plein de bon sens!

 

Ceci étant dit, ça prend des gens qui la produisent, cette nourriture. Je parle bien sûr des agriculteurs. – pas les gens en chemise blanche qui fabriquent de la smart food !!! (Tous les nutritionnistes nous recommandent de choisir des aliments les moins transformés possible, alors pour moi c’est clair que l’agriculture de synthèse n’est pas un bon choix.)

 

Je reviens donc à l’agriculture… naturelle? Traditionnelle? Disons : la vraie agriculture.

Je n’ai jamais eu de ferme. Mais j’ai côtoyé assez d’agriculteurs-trices dans ma vie que je sais combien travailler avec du vivant, c’est complexe. Et c’est risqué. Et ça le sera de plus en plus, avec les changements climatiques. Les saisons ne sont plus pareilles, les ravageurs ne sont plus les mêmes. C’est un de plus beaux métiers du monde, certainement, mais c’est un métier lourd à porter, qui comporte beaucoup d’incertitude, ça prend les nerfs solides. J’ai beaucoup d’admiration pour ces gens-là. 

 

En plus de gérer du vivant, ils sont aussi des gardiens d’un patrimoine et d’un territoire. En fait, l’agriculture, tout comme l’alimentation, a une fonction qui est multidimensionnelle : il ne s’agit pas juste de produire de la nourriture, mais aussi d’entretenir des paysages, de valoriser des terroirs, de dynamiser des régions, de colorer des cultures.

 

Mais soyons clairs, la grande majorité des consommateurs sont bien loin de l’agriculture, aujourd’hui : d’abord, avec 80% de la population dans les villes, l’agriculture n’est plus visible, si ce n’est que par quelques émissions de télé; il y a une immense déconnection des gens, aujourd’hui, avec la source de leurs aliments. 

 

Et pourtant, même si on est déconnectés de l’agriculture, dans les supermarchés, en ville, on a une avalanche de produits qui viennent… de partout dans le monde. On se trouve bien évolués avec tout ça mais, en réalité, on baigne dans la confusion. Trop, c’est comme pas assez. Trop de choix, ce n’est pas sain. Un livre a été écrit sous le titre : « La tyrannie du choix! » -En effet, ça peut devenir très anxiogène, d’avoir trop de choix. D’ailleurs, est-ce qu’on a vraiment besoin de toutes les déclinaisons de produits qu’on nous propose ?

 

Parce que, dans les faits, le prix qu’on paie au supermarché ne reflète jamais tous les coûts réels – il y a des coûts environnementaux et des coûts sociaux qu’on finit tous par payer, de différentes façons, tôt ou tard, parce qu’on n’a peut-être pas fait les meilleurs choix dans nos achats quotidiens.

 

Nos aliments voyagent en moyenne plus de 2000 Km pour se rendre à nos assiettes (dans la Terre de Chez Nous, la semaine dernière : 3000 à 5000 km pour nos fruits et légumes). Si on consolidait tous les coûts, incluant les externalités, on se rendrait vite compte que :

beaucoup de nos choix ne sont pas rationnels / que le km alimentaire, ça pollue beaucoup /que la valeur nutritive des aliments qui voyagent bcp s’en trouve diminuée / qu’il y beaucoup de gaspillage en cours de route (la FAO estime à 14% la part des aliments qui se perdent entre la ferme et le supermarché.) 

 

C’est sans compter qu’il faut suremballer, pour que ça soit encore présentable au point d’arrivée / Et on ne parle même pas de la traçabilité qui devient bien plus compliquée, qui coûte pas mal plus cher... et devient de plus en plus douteuse. 

 

Clairement, on a avantage à privilégier les circuits courts. Une agriculture de proximité, dont les produits sont distribués rapidement ou transformés dans la région, achetés par les gens de la place, c’est ça l’idéal. 

 

On s’entend qu’on ne pourra jamais prétendre à l’autosuffisance. On aura toujours besoin d’une agriculture de grande échelle et de l’importation de certains produits- c’est une question de sécurité alimentaire. Mais on peut peut-être se contenter de moins et convenir que l’accès à tout, en tout temps, est une illusion. Ce n’est pas durable. 

 

Et ce n’est même pas toujours bon. Les fraises au mois de janvier, disons que c’est plus un ravissement pour les yeux que pour les papilles gustatives. Quand on mange des fraises du Québec, là, on sait que c’est le temps des fraises, parce que ça goûte les fraises!

 

L’achat local est un geste politique. Acheter, c’est donner son appui à quelqu’un, quelque part, plutôt qu’à un autre, ailleurs. Important de comprendre l’impact de nos choix. Nous sommes tous et toutes des acteurs de l’agroalimentaire, et nous avons des responsabilités à cet égard. 

Savez-vous qu’on voit maintenant apparaître, au Québec, ce qu’on appelle des « déserts alimentaires », des zones géographiques où on n’a plus de commerce d’alimentation si ce n’est un dépanneur qui offre des oignons, des carottes molles et des bananes vertes.

 

On ne va pas loin avec ça. Avant, on voyait des déserts alimentaires seulement dans certains quartiers défavorisés des ÉU mais, au Québec, selon une étude de l’Institut national de la santé publique, on considère que 13,1 % de la population rurale peut désormais être considérée comme habitant dans un désert alimentaire. 

 

Posons-nous la question : Quel genr